_________________STANDORT VON JUNE
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Ma vie entière était un mensonge. Je tissais l'illusion au point d'en perdre moi même la notion de réalité. Confondue dans mes propres échappatoires, je devenais spectatrice. Muette, aveugle, et sourd. Inapte à la réalité. Maquillée, ainsi déguisée, je créais mes propres envies. Ma date de naissance était maintenant un onze janvier. Mon nom était June, et mon passé était fluide. Je recréais de toutes pièces le puzzle, faisant de ma vie un rêve. Car ils étaient un rêve. Il ne pouvait être que çà. Un rêve. J'attendais, appuyée sur un mur, dans les coulisses. J'observais la salle se remplir, et j'en vomissais de haine. Confusion mortelle. J'aurais dû être là, à tenir ma promesse. Très vite, je m'abandonnais à la distinguer. À travers l'obscurité, et les bruits, je n'arrivais pas à faire la distinction entre mensonges & vérités. Je voyais sur chaque visage une possible April, et j'en devenais malade. Autour de moi, plus d'un coeur bat. Mes tempes à l'unisson de mes pulsations, je devenais part entière de ce monde. D'habitude, je m'enferme avec les garçons, Gustav mis de côté, et je plaisante avec eux pour faire retomber le stress. Là, avec mon ancienne vie dans la salle, je n'ai pu me résoudre à quitter mon perchoir. Je reste là, les bras serrés, à observer ce monde que j'ai quitté. Je glissai ma main dans la poche de mon jean. Là, bien au chaud, se trouvait une photo. Discrètement, je sortis le cliché, & observa le visage de Bill, penché sur ma joue et me déposant un baiser. Mon sourires se perdit dans les cris, & plusieurs fans commencèrent à s'impatienter. Elles hurlaient leurs prénoms, et tentaient vaguement de parler Allemand. & Moi, j'étais là, juste derrière la scène, à quelques pas, et je ne bougeais pas la tête, presque qu'absente. Les garçons entraient de l'autre côté. Je fis un sourire, lorsqu'ils commençèrent. Fumée, et un bruit sourd. Des hurlements qui accompagnent la serrure. L'ascenceur, les pas, et la voix. Je souris, malgré moi.
_______Willkommen im Tokio Hotel, Zimmer Vier Acht Drei. Mon coeur explose.
Pourquoi suis-je si apaisée lorsque j'entends sa voix ? L'image d'April s'ancre dans mon esprit, alors qu'un Bill heureux s'aventure sur scène, se déhanchant sur la splendide mélodie composée de ses amis. Je m'évade dans mes anciennes promesses. Ce concert était le nôtre, et je sais qu'April est là. Elle est ici, quelques parts, seule. Je la connais par coeur, et je sais qu'elle ne serait pas venue sans moi. Je sais qu'elle aura tenu sa promesse. Moi pas. Je lui devais cette passion, même si je fus amoureuse de cette musique bien avant elle. J'étais avec elle, à quelques rayons. Mon regard se perd, j'étais perdue. Et là, elle m'a suivit. Elle faisait de moi ce que j'étais, elle coulait dans mes veines. Elle me soutenait toujours, même là où je chutais. Peu importait la profondeur, ou l'amplitude de la chute. Elle était là. Elle est là. Et je suis là. Ich Bin Da. J'ai vécu ce concert des dizaines de fois. J'ai réappris à aimer ce que je détestais. Lumière, scène, et cris. Je vis çà chaque soir. Mais cette soirée me détruit. Lucidité éclatante. Je prends conscience de mon erreur. Mon changement, ma folie. Rapport incessant à April. Je recomprends leurs morts. Je ressens chaque note, et me laisse bercer par la mélodie. Le son qui se dégage m'hurle aux oreilles, mais je finis par me laisser aller. Le moindre mot m'atteint au plus profond de moi même & je perds pieds. Je frôle le triste orgasme et je jouis de rage. Mes larmes coulent. J'ai eu l'impression, pendant quelques secondes, qu'elle était là, avec moi, et que sa main s'était glissé dans la mienne. À chaque mouvement, & à chaque seconde qui s'écoulait, je devenais April. Son esprit tout entier s'emparait de moi.
J'étouffe. Sans un bruit, je dégage mon regard de la scène, et oublie April. Je m'enveloppe de la veste de Bill, abandonnée sur une des chaises, et je m'avance à travers les couloirs. Sous les quelques sourires des techniciens, je sors, et reste surprise par le froid. Mes joues s'engourdissent, mais je me réchauffe un peu, les mains sur mes épaules inverses. Je sors une cigarette de ma poche, et la pose contre mes lèvres. Amer poison, le goût me tue. Pourtant, la nicotine m'enivre, et c'est dans une première bouffée de liberté que j'entrevois une jeune fille. Elle est là, dans le froid, tel un ange. Je reconnais la maquilleuse, Onze. Elle est aussi sortie fumer une cigarette. M'encerclant de son sourire, je lui réponds d'un mouvement de lèvre.
- Jolie soirée, me dit-elle
Je ne réponds pas. J'ai un mauvais pressentiment.
Plusieurs jeunes filles arrivent. Certaines n'ont pas quinze ans. Gelées, les lèvres bleutées de froid, elles nous sourient, et s'assoient à même le sol. Leurs sacs contiennent des couvertures, & de la nourriture. Elles n'ont pas eu de place, mais ont l'espoir de les apercevoir. Mon esprit descend, et se brise. J'aurais dû venir ici, après le concert. J'aurais dû sourire, dans les bras d'April, & les attendre avec elles. Je leur aurais surement parlé. J'aurais attendu avec elles, et elles nous auraient tendu un morceau de gâteau. J'aurais pu repenser à leurs chansons. J'aurais pu faire ce que des milliers de fans ont fait. Mais je n'ai rien fais. Je suis restée debout, dans cette loge, à partager leur sourire. Si autrefois, April m'avait demandé qui je préférais entre elle et ce groupe, j'aurais répondu sans hésiter que c'était elle. Malheureusement, à cette seconde précise, il n'y avait plus que ce groupe. À force de me persuader que je la haïssais, j'avais fini par vivre avec cette douleur. Celle qui te déchire le c½ur & qui te montre que tu n'es qu'une idiote. Je suis une idiote. Mais je suis devenue leur amie. J'ai gagné au change, autant que j'ai perdu. Je les ai gagné eux, mais le prix, c'était de la perdre, elle. Mon esprit s'embrouille. J'observe le cercle de fans. J'aurais vécu cette soirée avec April, parce que je le lui avais promis.
_________ « - April ... Ma mère accepte que j'aille à Oberhausen. J'suis ... Y'a pas de mots ...
_________ « - Ma mère a dit non. Elle ne veut pas. Pas l'Allemagne, pas pour eux. Mais tant
_________ « - pis, hein ... Tu m'appelleras ?
_________ « - Non ... J'irais pas sans toi. Je ne peux pas.
_________ « - Fais pas la conne, June. Tu pourras penser à moi ...
_________ « - Non, j'te promets que notre premier concert d'eux, on le fera à deux ... Jamais
_________ « - sans toi, April. Jamais ... »
& c'est à ce moment là que, comme dans les bons films américains, ma cigarette tombe au sol, et que sans un regard, je pénètre à nouveau dans la salle. Seule erreur, ce n'est pas un film, & je ne suis pas actrice. Merde.
People always leave. _________
_________________STANDORT VON APRIL
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# Willkommen. Im. Tokio. Hotel, Zimmer. 483. #
Seule, écrasée, épuisée, vide mais tellement heureuse.
À mes heures perdues à papoter dans la file d'attente, j'ai appris, avec horreur presque, que les places s'étaient écoulées en moins de cinquante minutes. Cinquante minutes. Je n'en revenais pas. Je me souviens encore, Tokyo quoi ? Heureusement, je suis, comme d'habitude, restée planter devant mon écran tout le long de la nuit pour la prolonger jusqu'à l'heure tant attendue. Neuf heures tapante. Un clic, concrétisation d'un rêve. Trois mois d'attente, cela en devenait obsessionnel, même Meryl avait l'air d'en avoir marre. T'imagines si ... Tu te rends compte qu'il y a moyen ... Tu crois que si je faisais ça ... April, ferme-la et revient sur terre. Impossible, chérie. Ils m'emmènent dans un autre monde et ce monde n'est pas ici. Cherche et trouve, il n'est pas si loin que tu le crois.
____________________Plus que trois mois.
Mon dos me lançait, mes pieds étaient coincés dans mes ballerines, mon maquillage d'habitude si prononcé était alors quasiment inexistant, mon lissage commençait déjà à s'en aller, ma gorge était sèche, et je tremblais. Superficialité. De peur, d'angoisse, de bonheur ? Je ne sais pas trop, les sentiments étaient confus et formaient un mélange un peu raté dans ma tête. hurlant derrière moi. Mais pourquoi ? Qu'espèrent-elles ? Un regard des Tokio Hotel encore dans les loges peut-être ? Haha, pathétiquement vôtre. Je glisse tant bien que mal une main dans la poche droite de mon pantalon et touche du bout des doigts le papier glacé qui s'y trouve. Je sors la place, et la regarde, sourire mêlé de mélancolie. On s'était promis de vivre ce moment ensemble quoi qu'il arrive. J'ai tenu ma promesse, pas toi June. Je vais la vivre moi, à la seconde, encore plus que tu ne peux te l'imaginer.
_________Du Fehlst mir.
La salle s'éteint, la scène s'éclaire d'une lumière rouge intense, des fumigènes se mettent action, un bruit sourd. Des hurlements.Un groove. Une serrure. Un ascenseur. Des pas. Une porte s'ouvre.
__________________WILLKOMMEN IM TOKIO HOTEL, ZIMMER 483.
Et mon c½ur s'emballe. Je ne suis plus là, je n'y crois pas. Ma respiration est saccadée, la tête tourne et le bonheur s'empare de moi. Merde, c'est un rêve. Faites que je ne me réveille jamais, pitié. Tom entame les premiers accords d'Übers Ende Der Welt, et arrive quelques secondes plus tard. Il est indescriptiblement beau. Une présence. Le bassiste, au lissage toujours aussi parfait, rentre à son tour. Magnifique. Le batteur, plus énergique que jamais, prend possession de son instrument au moment où Bill, arrivé d'on ne sait où, entame le premier couplet. Un phénomène. Je sens ce petit quelque chose qui fait que je vis, cette adrénaline parcourant mon corps tout entier. Je ressens tout à la fois, la joie, l'euphorie, l'émotion. Pourtant, je ne me fais pas remarquer et chante avec discrétion les paroles apprises par c½ur. Ils m'entrainent dans leur monde sans crier gare, je me laisse aller à l'évasion le temps d'un rêve. Reden. Sa réputation n'étant plus à faire, les filles hurlent le nom de Tom affichant alors un sourire pervers comme il sait si bien le faire. Il nous sort la totale; sourire, pincements de lèvres, il bascule sa tête vers l'arrière dans une expression faciale proche de l'extase. Ce n'est plus le petit gars timide qui regardait ses chaussures et souriait à peine au temps de Schrei. Sûr de lui, imbu de lui-même, il n'hésite pas à faire hurler les filles de plaisir. Une façade sans sentiment derrière laquelle se cache un être qui ne demande qu'à trouver l'amour, j'en suis persuadée. Je me suis souvent demandée qu'elle est la fille qui l'avait fait souffrir au point qu'il s'interdise d'aimer à nouveau. Ich Brech Aus. Entrainant, efficace, de l'énergie à revendre. Ils sont libres mais quelque chose les retient. Ecrasés par leur succès qui ne cesse de croitre au fil des mois, ils n'avaient pas prévu ce qui leur arrive. Obligés de faire bonne figure, sourire encore et toujours. Quatre rois, deux reines. Intermède, Bill nous adresse des paroles couvertes par les cris. Spring Nicht. Non, pas déjà. Pas la nôtre, mon pouce caresse une nouvelle fois notre photo, je dois être forte. Une larme, des mensonges. Je ferme les yeux et la revoit, me chantant cette chanson avant de dormir, me dire qu'elle sera toujours là. J'y ai cru mais je l'ai perdue. Je me rappelle, ma chute ratée, mes blessures encore ouvertes, le sang. Comment peut-on parler de ce qu'on ne connait pas ? "Les lettres de fans". Oui Bill, bien sûr. Je croirais peut-être la sincérité de tes paroles quand tu auras perdu ton double, tu ne sauteras pas pour moi ni pour Elle. Menteur, distribution de rêve et d'espoir. Der Letzte Tag. Si ce jour est le dernier, ne me le dis pas encore. Tu es partie, June, sans prévenir. Nous étions pour le dernière fois ensemble. Ce soir là, j'ai croisé pour la dernière fois ton regard plein de reproches, de tristesse et de regrets. C'est le dernier jour du reste de ta vie. Wo Sind Eure Hände. Chaos Im System. Les nuits passées à t'attendre griffonnant inlassablement ses trois mots, encore et encore. Ta main dans la mienne, rien ne pouvait nous arriver. Et Eux, ils nous remplissaient, ils nous rapprochaient à tel point qu'on se confondait. Au-dessus de tout, de ces moutons. Durch Den Monsun. Un anniversaire, Berlin, une découverte. Fascination. Notre Thema #1. Leurs noms collés à nos lèvres depuis plus de deux ans maintenant. Toute la salle chantant à l'unisson pour Eux. Avec Eux & sans moi. Je fais tache dans cet environnement de rêves, de joie, de cris .. qui dis-je, de hurlements, de pleurs. Je ne comprends pas. Pourquoi ? Ils sont humains. Oui, April, mens-toi toi-même. Es ist voll von Dir und leer. Je sens ta présence, tu le sais, tu n'es pas loin. Où ? Mon regard se balade de gauche à droite, de haut en bas, je scrute la moindre de tes traces. Rien. Et Eux, ils sourient. Wir Sterben Niemals Aus. On écrira notre histoire, elle restera gravée. April&June, Immer. Il restera toujours quelque chose que tu le veuilles ou non, June. Trop d'amour pour une seule personne. Stich Ins Glück. Ma drogue, ma piqûre de bonheur, June. Tu m'empoisonnes, la dose est trop forte. Un jour, elle me tuera comme ils me font vivre et espérer. Ich Bin Nich' Ich. Tu es moi, ton absence me bouffe, je ne sais plus où je suis. Je cherche à tatons le bout du tunnel, tiens-moi la main pour que je ne me perde plus. Schrei. Tu te souviens ? Notre pancarte " Prenez nous à deux ou rien ". Perverses. Complices. Mélancolie d'un souvenir consumé. C'était notre révolution, crie. Portes-paroles d'une génération paumée en manque d'avenir et de rêves, disributeur d'espoir et de joie. Vergessene Kinder. Sa voix. Elle s'éleve et je n'entends qu'elle. À genoux tel un enfant perdu, il me tend la main, je revis l'instant d'une seconde. Un regard, unique et sincère. A travers lui, June. Elle lui ressemble tellement. Un instant d'égarement, son visage m'apparait, souriant, le teint parfait, les cheveux longs et noirs, le regard charbonneux, la lueur dans les yeux. Un seconde de lucidité et mon souire s'envole. Leb' Die Sekunde. Ici et maintenant, ne laisse rien passer, profite et vis tes rêves. Tends la main, rattrappe-les, tiens-les fermement et ne les lache plus. Heilig. Tu seras toujours sacrée pour moi, je crois en toi. Ich sinke weg von Dir, je disparais. Le fond n'est plus très loin encore un petit effort, laisse-moi couler. Totgeliebt. Trois accords. Tes préférés. Je me perds dans tes souvenirs. Un amour racinien qui me tue. Nous nous sommes aimées à mort. Aujourd'hui, c'est fini. La fatalité s'empare de moi et je baisse la tête. Encore une fois ce mur, trop haut, trop loin, pas assez d'élan, j'me casse la gueule. In Die Nacht. Mon double, tu es tout ce que je suis, tu coules dans mes veines et fais que je respire. Je suffoque et me traine. Je ne veux plus être seule, pitié, June, revient. Ils sont si près et si loin. Un petit effort et je toucherais leur visage, mais je reste là et ravale mes larmes. Les refouler encore une fois, et je souris. Rette Mich. Je crois que je n'y arriverais pas sans toi. Sauve-moi ou tue-moi mais ne me laisse pas. Komm Zurück. M'entends-tu, me sens-tu, m'aimes-tu ? Ich Bin Da. Là, si loin. Ils partent et emportent ma joie, une explosion de paillettes, un monde parallèle. Une réalité déchirante. Aucun regard.
Je croyais avoir perdu June. Je croyais l'avoir perdu lorsqu'elle m'avait quitté. & pourtant, je venais de comprendre qu'elle était revenue à moi. Je venais de la retrouver. Même loin, je n'étais plus seule à vivre. Elle faisait partie intégrante de moi. Je fis un dernier sourire. Lorsqu'ils quittèrent définitivement la scène, après deux rappels, deux détours, & des coeurs remplis, je sentais que je ne pouvais pas partir ainsi. Trois mois d'attentes, pour une heure et demie de plaisir. Un spectacle jouissif à s'en tordre le coeur. Comment pouvais-je partir, après toutes ces larmes versées et ces sentiments éprouvés ? Je ne pouvais pas. Là, aux pieds de Tom, je distinguais la salle se vider. Je sais que d'ici quelques minutes, je devrais suivre le troupeau. Mais là, je caresse d'une main la scène, et sourit aux légères gouttes d'eau. Puis, mon visage se lève. Regard familier. À Bercy, le plus étonnant est que l'on voit les coulisses. D'une certaine place, & d'un certain angle, on distingue, à travers les morceaux de scène, l'entrée des artistes. Ils étaient là, ayant dû faire le tour. J'étais encore dans la salle, & eux dans les coulisses. Un rêve inachevé, une esquisse de plaisir. Oui, ils étaient là, le sourire aux lèvres. J'aurais pû me sentir rassurée. Privilégiée. Mais non. Une boule se forme dans mon ventre. Ils étaient là, & June était là. Dans un sourire, elle les serra dans ses bras. La haine ne parvient pas jusqu'à mes veines. Je n'éprouvais que de la jalousie, et pire, de la tristesse. Elle était partie pour çà ? Pour eux ?
Menteuse. Trahison & Abandon.
June tenait toujours ses promesses, autrefois.
#. Ich. Sinke. Ich. Sinke. #
_________________STANDORT VON JUNE
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Mon rire résonne à travers les couloirs. Le concert fut, comme les autres, à la hauteur de leur talent. Dans ces lieux, je peux enfin redevenir moi même. Souriante, & joyeuse. Je suis fatiguée de l`ancien monde, celui où je dois m`asseoir gracieusement sur une chaise semblable aux autres, tout en feignant de suivre le cours, qui lui, ne m`intéresse que sommairement. En attendant, ici, & maintenant, je peux regarder ces quatres anges rire, fiers de leur prestation. Nos pas sont complémentaires, et la porte en métal s`ouvre dans un bruit strident. Il est tard, mais à cette heure-ci, il n`y a plus personne. Du moins, d`habitude, il n`y a plus personne.
- JUNE !
Je me retourne, le visage figé. Je fais face à mon interlocutrice. Merde. Merde, merde, et merde. Poupée brisée. Les sourires affluent, les souvenirs m`enveloppent. Je refuse. Je ne peux plus admettre de revivre ce passé.
Les pensées d'April se mêlent aux miennes, et j'ai l'impression que le sol s'effondre. Une valse m'entraîne ailleurs, et une douce musique se distingue de l'obscurité. Je pourrais presque tourner sur moi même, mais le fil de funanbule se rompt et mes espoirs s'effondrent. C'est elle. Elle.
- Merde ! Tu les connais depuis quand ? Putain, June ... C`est pour ça que tu m`as abandonnée ?
Abandonner ? Le mot m`assassine, me détruit. J`ai l`impression que mille aiguilles me traversent, tandis que je recule. Un pas, deux pas, et le torse de Tom. Il me regarde, inquiet, et je fais un mince sourire. Seul son jumeau m`a déjà vu détruite, et peut-être même Georg. Mais Gustav et Tom ne connaissent que la partie souriante de moi. Je dois me relever. Je feins le sourire, et m`avance. À trois pas se trouvent les Tokio Hotel, groupe populaire du moment. À trois autres pas se trouvent April, mon passé & ma vie. Je relève la tête, et bombe le torse, même si à travers la veste en cuir de mon chanteur, celle qu'il m'a donné, il y a quelques semaines, mon coeur menace de traverser ma poitrine, y laissant un trou béant. Mes poings serrés tremblent, et mes paupières s'allourdissent. Faites que l'instant disparaisse.
_______________Allein.
- Les garçons, voici April. April, voici les ...
- Tokio Hotel
Un murmure, & des larmes. April pleure. Depuis quand ne l`avais-je pas vu aussi humaine ? Je grimace, et me refuse à m'approcher d'elle. Je reste là, immobile, et sans vie. J'ai l'impression que mille aiguilles me transperçent le coeur, et je l'observe, les épaules sanglotantes. Ma fierté est dominante, et je ne bouge pas. J'attends qu'elle parte, qu'elle s'éloigne, qu'elle hurle, crie, ou réagisse. Mais elle reste obstinément statique, les larmes tombant tragiquement au sol. La scène me dégoûte.
- Euh ... June ? M'interrogea Bill
Je reste muette. À contre coeur, je m'approche d'April. Depuis quand avais-je oublié à quel point sa présence était appaisante ? Elle ne réagit pas, et elle m'attend. Je m'apprête à poser une main sur son épaule, mais mon geste se perd, et ma main tombe mollement dans le vide. Mon estomac n'est plus qu'une boule de peur, et le regard inquiet, je la voie qui relève la tête. Son regard se perd dans le mien, et je prend le temps de détailler son corps entier. Je ne la connaissais pas si pâle. Je ne la connaissais pas si maigre. Elle avait, si je me l'imaginais bien, perdu une dizaine de kilos. Elle n'avait presque pas changé, sinon ses joues creusées. Au coin de son oeil, j'observe une fine cicatrice blanche. Pourquoi ? Comment ? Six mois sans la voir, et elle me revient chifonnée. Poupée de chiffon. Le tissu est sali et la poupée abimée. Je l'avais déposé proprement sur une étagère, mais elle avait dû tomber. Les mains serrées, j'observe ses veines qui ressortent. Merde, que t'es-tu fais au poignet ? Je me revois, il y a quelques mois. Qu'ai-je fais ? Comment ai-je pu détruire la personne que j'aimais le plus au monde. J'ai un rejet, et je titube jusqu'au mur, devant lequel je vomis ma haine. J'entends Georg s'approcher, et tenir mes cheveux, une main dans mon dos. Pâle, les larmes aux yeux, je tente de vomir le visage larmoyant d'April. Je savais que je n'aurais jamais dû revenir.
Je me relevai enfin, le visage blanc, et le regard d'April sur moi. Dégage. Mon être entier lui hurle cet ordre, mais rien ne sort. Et pathétiquement, elle reste là, les bras à découvert, me fixant sans sentiment. Que pense-t-elle ? Que je suis une amie indigne ? Qu'elle s'est foutue en l'air pendant que j'apprenais à revivre ? Que je ne devrais pas être ici sans elle ? Que croit-elle, hein, sinon ce mutisme qui m'encercle et me tue ? Je jette un regard à Tom. Ce dernier est le seul à savoir. Il a compris qui elle était, il sait de qui il s'agit. Mais il sait aussi que l'on pourrait encore rester ici des heures. Infatiguables, le regard perdu, les souvenirs meurtriers. Il s'avance, mais se reprend.
- June ... Ècoute, si tu veux, on la ramène à l'hôtel pour une nuit. J'ai rien contre vous, mais on ne peut pas rester toute la nuit ici !
Je resserre les pans de la veste de Bill. Ce dernier me jette un regard, mêlant interrogation et inquiétude. Qui est-ce ? Ca va ? Je soupire, et m'apprète à ne rien répondre. Dénigrant totalement mon ancienne amie, je m'avance jusqu'au groupe, et Gustav passe son bras sur mes épaules. Mon mutisme veut tout dire. On s'en va.
- JUNE !
Elle hurle, secouée de douleur. Sa voix résonne, et emplit l'obscurité silencieuse. Les garçons se mordent les lèvres. Allez, June, partons. Notre notoriété ne nous autorise pas à rester. Ton équilibre non plus. Ils me revoient, à nos débuts. Faible, anéantie, déchirée. Ils ne veulent plus me revoir ainsi. Mais elle, elle hurle. Impudique, elle dégueule mon nom comme elle cracherait ses larmes. Je me stoppe. Faites la taire, pitié, faites la taire. Mais rien n'y fait, elle me rattrape, m'attrapant le bras, de façon aussi désolée qu'insolente. Tom soupire, de pitié, de tristesse, et d'impatience.
- On peut la loger une nuit ...
- NON ! On ne la logera ni cette nuit, ni jamais ! Je veux qu'elle disparaisse ... DISPARAIS APRIL ! Je t'en supplie, va t'en ...
Je me dégage de son emprise, le coeur endolori, et le dégoût au bord des lèvres. Je titube, après avoir penché mon coeur pour hurler, puis murmurer. Je la tue, à chacun de mes mots. Mais elle est trop blindée, trop protégée. Mes mots ne l'atteignent plus. Plus rien ne l'atteinds. Son regard est éteint, autant que son coeur. Je grimaçe, et l'observe. Elle a une nouvelle fois cessé de bouger. Puis, je la vois. Cette larme, qui descend le long de sa joue, pour s'arrêter sur la douceur de ses lèvres. Limpide, elle attend. Je ne me retournerais pas. Mes yeux lui accordent un dernier regard. Schuldi. Puis, je pivote, mes baskets claquent sur le bitume, et je lui tourne le dos. Un pas, deux pas. Un nouveau fossé. Demain, nous serons encore à Paris. Et après, je repars. Loin. Très loin.
- Il aurait fallu que je ne me retourne jamais ...
Sa voix me transperce, me brise, et me décompose. Tom soupire, sachant que çà continuerait. D'un geste, il me caresse le main, et ouvre la porte du van. Quelques minutes, et on y va, semble-t-il dire. Je les regarde monter dans le véhicule, et là, je me retourne. J'affronte une nouvelle fois son regard
- ... Je n'aurais pas eu à souffrir, ainsi. Je n'aurais pas eu à mourir de ce fossé que tu creusais chaque seconde un peu plus.
L'enfer est un nid douillet à l'air irrespirable. Je me tuais d'elle & elle se tue de moi. Je vois de la haine dans son regard, mais tout n'est qu'illusion, puisque l'amour la berce encore. Elle a l'espoir que je m'effondre, que je la serre, l'enlace, et l'embrasse. Mais je l'imite, immobile, et fière. J'ai quitté ce monde, et là, au bord du précipice, une voix me souffle d'avancer. Pourtant, je resiste aux bourrasques de vent, et m'accroche désespérement à un espoir, une nouvelle vie, de nouveaux sourires. April m'a toujours rendu heureuse, mais aujourd'hui, ils me rendent heureuses, eux. J'ai l'impression que ma souffrance n'est que le prix de ce passage. D'elle à eux, et d'eux à moi. Moi à elle, et cette interminable ronde qui nous entraîne parmi les rires d'enfants déjà éteints, lointains, et mornes. Tragiquement, sourire, et attendre. Elle a encore des traces de larmes sur les joues, mais seul son regard me parle. Reviens, June. Je te pardonne. Don't forgive me, my love. Une chanson qui ne s'arrête pas. La fin est proche, et les notes, sur la partition, s'échouent dans une mélodie de fausseté. Je voudrais disparaitre, ou la voir disparaitre, mais j'implore le ciel, en lequel je n'ai jamais cru. Par pitié, que l'une de nous disparaisse. J'entraperçois à nouveau les marques inscrustées sur la peau de ses poignets, et ma grimace s'étend. Suivant mon propre regard, elle sourit. Rictus.
- Tu te sens coupable ?
Sa voix n'est pas froide. Sa voix n'est rien. Un vide cruel, poussé par ma propre indifférence. Je voudrais la feindre, cette dernière. Tenter de lui montrer qu'elle n'est plus rien, et que j'ai rayé un trait sur son existence. Mais non, rien. Je me contente de l'observer, elle, et ses souffrances. Je me tais, mais mon âme entière hurle. Je caresse son existence chaque soir sous la lumière brisée d'une lampe sans vie. Je m'imagine chaque nuit nos retrouvailles, mais aucunes de mes prédictions ne nous amènent à ici. Je nous inventais dans les douceurs de draps, assises sur une plage, ou au détour d'une route. L'utopie me menait à venir devant chez elle, dans quelques années. « Ich Bin Da » . Mais là, c'est trop tôt, trop rapide, impersonnelle, impudique. Je me sens nue, indécente, et presque vulgaire. Groteste, j'oublie mes pas de danse, et la musique continue. Je suis là, gauche et maladroite, à n'attendre que son départ. Mais j'ai déjà trop gagné. Je suis toujours partie en la laissant effondrée, sur le sol, à moitié implorante pour que je reste. Mais pas une fois, je n'ai tourné, retourné, et pas une fois je ne suis revenue. Pourquoi reviendrais-je aujourd'hui alors ? J'hoche la tête. Victoire ? Défaite ? Peu m'importe. Je pivote, et m'approche de quelques pas du van. À travers les vitres teintées, noires, j'observe le reflet d'April. Une fois encore, son regard m'accompagne. Je l'observe, la redessine et imprime son visage dans mon esprit. Mon coeur lui hurle son amour. Ma tête avance mon corps. Funanbule, mon esprit vient de se casser la gueule. Mes genoux sont écorchés, mon coeur aussi. Au loin, je l'entend me supplier une dernière fois. Elle redit mon nom dans un murmure. Mais ma seule réponse consiste en une flopée de geste. J'ouvre la porte du van et m'enfonce dedans. Georg ferme la portière derrière moi, et Bill, se levant précipitement, me serre dans ses bras brusquement. Là, je m'effondre à nouveau, laissant mes larmes devenir les paroles de mon coeur. Je renifle, titube, et m'assoit sur la banquette. Le van démarre, et par la fenêtre, relevant la tête, j'observe April. Ses larmes sont abondantes, et petit à petit, sa silhouette se redessine dans une mesure plus petite. Elle rétrécit, et a repris ma vie. Et elle s'effondre. A genoux sur le sol, je la devine, me suppliant de descendre. Sur ses lèvres, je lis mon nom, inlassablement. Elle serre son ventre, et hurle à en déchirer les ténèbres. Je me sens mal, et Tom me fait tourner la tête. Il m'empêche de distinguer l'horrible vérité.
- Ca ira ma belle, me murmure Gustav, çà ira.
________When you speak with every breath you take, you save me.
Pourquoi la seule personne qui avait un tant soit peu d'importance est devenue mon bourreau ?
Pourquoi me tue-t-elle ? Et pourquoi la tues-je ? Je pleure à m'en faire vomir les tripes. Je dégueule son visage à m'en brûler la gorge. Dégage, April. Dégage de mon esprit. Je n'en peux plus. Lassée, et fatiguée, j'aimerais, à certains instants, ne l'avoir jamais connu. Et dans d'autres cas, je m'en veux. J'ai brisé notre amitié. Et en y réfléchissant, je n'en vois aucunes raisons.
Je l'ai tué, parce que je n'arrivais pas à me tuer.
Je suis horrible. Horrible, horrible, horrible, horrible ... & absurde.
- April ...
Ma main se pose sur la vitre, alors que je me laisse aller dans les bras de l'androgyne. Il me berce et me calme, et nous nous éloignons d'April. Une fois encore, une fois de trop. Je somnole, sous les regards inquiets de mes amis. Mon portable sonne, et Tom décroche. Il fouille ma poche, et tente dans un français maladroit de répondre. Méfiant, il me tend le téléphone, et je dégage mon corps de l'étreinte avec Bill. Portable aux oreilles, je réponds.
- Allo ?
- June ...
Je reconnais la voix de Matthew.
- Reviens, s'il te plait. Je t'en supplie, reviens
- Je ne peux pas, murmurais-je. Je refuse de la revoir. Ne me demande pas l'impossible, s'il te plait.
- Tu as poussé April au suicide. Trois mois de coma, çà ne te suffit pas, comme preuve ?
Le portable tombe de mes mains, et s'échoue sur le sol. Trois mois. Trois mois. Trois mois. La durée m'anéantit, et les garçons ne bougent plus. Je frôle les jeux du silence dans un mélodrame parfait. La vérité m'explose à la gueule, une fois encore. Cette fois, je ne pleure pas. Je reste là, main dans le vide, à fixer le noir de la banquette. Morte, suicidée, comateuse.
_____I scream into the night for you. Don't make it true.
______________Jump
X
X
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Ma vie entière était un mensonge. Je tissais l'illusion au point d'en perdre moi même la notion de réalité. Confondue dans mes propres échappatoires, je devenais spectatrice. Muette, aveugle, et sourd. Inapte à la réalité. Maquillée, ainsi déguisée, je créais mes propres envies. Ma date de naissance était maintenant un onze janvier. Mon nom était June, et mon passé était fluide. Je recréais de toutes pièces le puzzle, faisant de ma vie un rêve. Car ils étaient un rêve. Il ne pouvait être que çà. Un rêve. J'attendais, appuyée sur un mur, dans les coulisses. J'observais la salle se remplir, et j'en vomissais de haine. Confusion mortelle. J'aurais dû être là, à tenir ma promesse. Très vite, je m'abandonnais à la distinguer. À travers l'obscurité, et les bruits, je n'arrivais pas à faire la distinction entre mensonges & vérités. Je voyais sur chaque visage une possible April, et j'en devenais malade. Autour de moi, plus d'un coeur bat. Mes tempes à l'unisson de mes pulsations, je devenais part entière de ce monde. D'habitude, je m'enferme avec les garçons, Gustav mis de côté, et je plaisante avec eux pour faire retomber le stress. Là, avec mon ancienne vie dans la salle, je n'ai pu me résoudre à quitter mon perchoir. Je reste là, les bras serrés, à observer ce monde que j'ai quitté. Je glissai ma main dans la poche de mon jean. Là, bien au chaud, se trouvait une photo. Discrètement, je sortis le cliché, & observa le visage de Bill, penché sur ma joue et me déposant un baiser. Mon sourires se perdit dans les cris, & plusieurs fans commencèrent à s'impatienter. Elles hurlaient leurs prénoms, et tentaient vaguement de parler Allemand. & Moi, j'étais là, juste derrière la scène, à quelques pas, et je ne bougeais pas la tête, presque qu'absente. Les garçons entraient de l'autre côté. Je fis un sourire, lorsqu'ils commençèrent. Fumée, et un bruit sourd. Des hurlements qui accompagnent la serrure. L'ascenceur, les pas, et la voix. Je souris, malgré moi.
_______Willkommen im Tokio Hotel, Zimmer Vier Acht Drei. Mon coeur explose.
Pourquoi suis-je si apaisée lorsque j'entends sa voix ? L'image d'April s'ancre dans mon esprit, alors qu'un Bill heureux s'aventure sur scène, se déhanchant sur la splendide mélodie composée de ses amis. Je m'évade dans mes anciennes promesses. Ce concert était le nôtre, et je sais qu'April est là. Elle est ici, quelques parts, seule. Je la connais par coeur, et je sais qu'elle ne serait pas venue sans moi. Je sais qu'elle aura tenu sa promesse. Moi pas. Je lui devais cette passion, même si je fus amoureuse de cette musique bien avant elle. J'étais avec elle, à quelques rayons. Mon regard se perd, j'étais perdue. Et là, elle m'a suivit. Elle faisait de moi ce que j'étais, elle coulait dans mes veines. Elle me soutenait toujours, même là où je chutais. Peu importait la profondeur, ou l'amplitude de la chute. Elle était là. Elle est là. Et je suis là. Ich Bin Da. J'ai vécu ce concert des dizaines de fois. J'ai réappris à aimer ce que je détestais. Lumière, scène, et cris. Je vis çà chaque soir. Mais cette soirée me détruit. Lucidité éclatante. Je prends conscience de mon erreur. Mon changement, ma folie. Rapport incessant à April. Je recomprends leurs morts. Je ressens chaque note, et me laisse bercer par la mélodie. Le son qui se dégage m'hurle aux oreilles, mais je finis par me laisser aller. Le moindre mot m'atteint au plus profond de moi même & je perds pieds. Je frôle le triste orgasme et je jouis de rage. Mes larmes coulent. J'ai eu l'impression, pendant quelques secondes, qu'elle était là, avec moi, et que sa main s'était glissé dans la mienne. À chaque mouvement, & à chaque seconde qui s'écoulait, je devenais April. Son esprit tout entier s'emparait de moi.
J'étouffe. Sans un bruit, je dégage mon regard de la scène, et oublie April. Je m'enveloppe de la veste de Bill, abandonnée sur une des chaises, et je m'avance à travers les couloirs. Sous les quelques sourires des techniciens, je sors, et reste surprise par le froid. Mes joues s'engourdissent, mais je me réchauffe un peu, les mains sur mes épaules inverses. Je sors une cigarette de ma poche, et la pose contre mes lèvres. Amer poison, le goût me tue. Pourtant, la nicotine m'enivre, et c'est dans une première bouffée de liberté que j'entrevois une jeune fille. Elle est là, dans le froid, tel un ange. Je reconnais la maquilleuse, Onze. Elle est aussi sortie fumer une cigarette. M'encerclant de son sourire, je lui réponds d'un mouvement de lèvre.
- Jolie soirée, me dit-elle
Je ne réponds pas. J'ai un mauvais pressentiment.
Plusieurs jeunes filles arrivent. Certaines n'ont pas quinze ans. Gelées, les lèvres bleutées de froid, elles nous sourient, et s'assoient à même le sol. Leurs sacs contiennent des couvertures, & de la nourriture. Elles n'ont pas eu de place, mais ont l'espoir de les apercevoir. Mon esprit descend, et se brise. J'aurais dû venir ici, après le concert. J'aurais dû sourire, dans les bras d'April, & les attendre avec elles. Je leur aurais surement parlé. J'aurais attendu avec elles, et elles nous auraient tendu un morceau de gâteau. J'aurais pu repenser à leurs chansons. J'aurais pu faire ce que des milliers de fans ont fait. Mais je n'ai rien fais. Je suis restée debout, dans cette loge, à partager leur sourire. Si autrefois, April m'avait demandé qui je préférais entre elle et ce groupe, j'aurais répondu sans hésiter que c'était elle. Malheureusement, à cette seconde précise, il n'y avait plus que ce groupe. À force de me persuader que je la haïssais, j'avais fini par vivre avec cette douleur. Celle qui te déchire le c½ur & qui te montre que tu n'es qu'une idiote. Je suis une idiote. Mais je suis devenue leur amie. J'ai gagné au change, autant que j'ai perdu. Je les ai gagné eux, mais le prix, c'était de la perdre, elle. Mon esprit s'embrouille. J'observe le cercle de fans. J'aurais vécu cette soirée avec April, parce que je le lui avais promis.
_________ « - April ... Ma mère accepte que j'aille à Oberhausen. J'suis ... Y'a pas de mots ...
_________ « - Ma mère a dit non. Elle ne veut pas. Pas l'Allemagne, pas pour eux. Mais tant
_________ « - pis, hein ... Tu m'appelleras ?
_________ « - Non ... J'irais pas sans toi. Je ne peux pas.
_________ « - Fais pas la conne, June. Tu pourras penser à moi ...
_________ « - Non, j'te promets que notre premier concert d'eux, on le fera à deux ... Jamais
_________ « - sans toi, April. Jamais ... »
& c'est à ce moment là que, comme dans les bons films américains, ma cigarette tombe au sol, et que sans un regard, je pénètre à nouveau dans la salle. Seule erreur, ce n'est pas un film, & je ne suis pas actrice. Merde.
People always leave. _________
_________________STANDORT VON APRIL
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# Willkommen. Im. Tokio. Hotel, Zimmer. 483. #
Seule, écrasée, épuisée, vide mais tellement heureuse.
À mes heures perdues à papoter dans la file d'attente, j'ai appris, avec horreur presque, que les places s'étaient écoulées en moins de cinquante minutes. Cinquante minutes. Je n'en revenais pas. Je me souviens encore, Tokyo quoi ? Heureusement, je suis, comme d'habitude, restée planter devant mon écran tout le long de la nuit pour la prolonger jusqu'à l'heure tant attendue. Neuf heures tapante. Un clic, concrétisation d'un rêve. Trois mois d'attente, cela en devenait obsessionnel, même Meryl avait l'air d'en avoir marre. T'imagines si ... Tu te rends compte qu'il y a moyen ... Tu crois que si je faisais ça ... April, ferme-la et revient sur terre. Impossible, chérie. Ils m'emmènent dans un autre monde et ce monde n'est pas ici. Cherche et trouve, il n'est pas si loin que tu le crois.
____________________Plus que trois mois.
Mon dos me lançait, mes pieds étaient coincés dans mes ballerines, mon maquillage d'habitude si prononcé était alors quasiment inexistant, mon lissage commençait déjà à s'en aller, ma gorge était sèche, et je tremblais. Superficialité. De peur, d'angoisse, de bonheur ? Je ne sais pas trop, les sentiments étaient confus et formaient un mélange un peu raté dans ma tête. hurlant derrière moi. Mais pourquoi ? Qu'espèrent-elles ? Un regard des Tokio Hotel encore dans les loges peut-être ? Haha, pathétiquement vôtre. Je glisse tant bien que mal une main dans la poche droite de mon pantalon et touche du bout des doigts le papier glacé qui s'y trouve. Je sors la place, et la regarde, sourire mêlé de mélancolie. On s'était promis de vivre ce moment ensemble quoi qu'il arrive. J'ai tenu ma promesse, pas toi June. Je vais la vivre moi, à la seconde, encore plus que tu ne peux te l'imaginer.
_________Du Fehlst mir.
La salle s'éteint, la scène s'éclaire d'une lumière rouge intense, des fumigènes se mettent action, un bruit sourd. Des hurlements.Un groove. Une serrure. Un ascenseur. Des pas. Une porte s'ouvre.
__________________WILLKOMMEN IM TOKIO HOTEL, ZIMMER 483.
Et mon c½ur s'emballe. Je ne suis plus là, je n'y crois pas. Ma respiration est saccadée, la tête tourne et le bonheur s'empare de moi. Merde, c'est un rêve. Faites que je ne me réveille jamais, pitié. Tom entame les premiers accords d'Übers Ende Der Welt, et arrive quelques secondes plus tard. Il est indescriptiblement beau. Une présence. Le bassiste, au lissage toujours aussi parfait, rentre à son tour. Magnifique. Le batteur, plus énergique que jamais, prend possession de son instrument au moment où Bill, arrivé d'on ne sait où, entame le premier couplet. Un phénomène. Je sens ce petit quelque chose qui fait que je vis, cette adrénaline parcourant mon corps tout entier. Je ressens tout à la fois, la joie, l'euphorie, l'émotion. Pourtant, je ne me fais pas remarquer et chante avec discrétion les paroles apprises par c½ur. Ils m'entrainent dans leur monde sans crier gare, je me laisse aller à l'évasion le temps d'un rêve. Reden. Sa réputation n'étant plus à faire, les filles hurlent le nom de Tom affichant alors un sourire pervers comme il sait si bien le faire. Il nous sort la totale; sourire, pincements de lèvres, il bascule sa tête vers l'arrière dans une expression faciale proche de l'extase. Ce n'est plus le petit gars timide qui regardait ses chaussures et souriait à peine au temps de Schrei. Sûr de lui, imbu de lui-même, il n'hésite pas à faire hurler les filles de plaisir. Une façade sans sentiment derrière laquelle se cache un être qui ne demande qu'à trouver l'amour, j'en suis persuadée. Je me suis souvent demandée qu'elle est la fille qui l'avait fait souffrir au point qu'il s'interdise d'aimer à nouveau. Ich Brech Aus. Entrainant, efficace, de l'énergie à revendre. Ils sont libres mais quelque chose les retient. Ecrasés par leur succès qui ne cesse de croitre au fil des mois, ils n'avaient pas prévu ce qui leur arrive. Obligés de faire bonne figure, sourire encore et toujours. Quatre rois, deux reines. Intermède, Bill nous adresse des paroles couvertes par les cris. Spring Nicht. Non, pas déjà. Pas la nôtre, mon pouce caresse une nouvelle fois notre photo, je dois être forte. Une larme, des mensonges. Je ferme les yeux et la revoit, me chantant cette chanson avant de dormir, me dire qu'elle sera toujours là. J'y ai cru mais je l'ai perdue. Je me rappelle, ma chute ratée, mes blessures encore ouvertes, le sang. Comment peut-on parler de ce qu'on ne connait pas ? "Les lettres de fans". Oui Bill, bien sûr. Je croirais peut-être la sincérité de tes paroles quand tu auras perdu ton double, tu ne sauteras pas pour moi ni pour Elle. Menteur, distribution de rêve et d'espoir. Der Letzte Tag. Si ce jour est le dernier, ne me le dis pas encore. Tu es partie, June, sans prévenir. Nous étions pour le dernière fois ensemble. Ce soir là, j'ai croisé pour la dernière fois ton regard plein de reproches, de tristesse et de regrets. C'est le dernier jour du reste de ta vie. Wo Sind Eure Hände. Chaos Im System. Les nuits passées à t'attendre griffonnant inlassablement ses trois mots, encore et encore. Ta main dans la mienne, rien ne pouvait nous arriver. Et Eux, ils nous remplissaient, ils nous rapprochaient à tel point qu'on se confondait. Au-dessus de tout, de ces moutons. Durch Den Monsun. Un anniversaire, Berlin, une découverte. Fascination. Notre Thema #1. Leurs noms collés à nos lèvres depuis plus de deux ans maintenant. Toute la salle chantant à l'unisson pour Eux. Avec Eux & sans moi. Je fais tache dans cet environnement de rêves, de joie, de cris .. qui dis-je, de hurlements, de pleurs. Je ne comprends pas. Pourquoi ? Ils sont humains. Oui, April, mens-toi toi-même. Es ist voll von Dir und leer. Je sens ta présence, tu le sais, tu n'es pas loin. Où ? Mon regard se balade de gauche à droite, de haut en bas, je scrute la moindre de tes traces. Rien. Et Eux, ils sourient. Wir Sterben Niemals Aus. On écrira notre histoire, elle restera gravée. April&June, Immer. Il restera toujours quelque chose que tu le veuilles ou non, June. Trop d'amour pour une seule personne. Stich Ins Glück. Ma drogue, ma piqûre de bonheur, June. Tu m'empoisonnes, la dose est trop forte. Un jour, elle me tuera comme ils me font vivre et espérer. Ich Bin Nich' Ich. Tu es moi, ton absence me bouffe, je ne sais plus où je suis. Je cherche à tatons le bout du tunnel, tiens-moi la main pour que je ne me perde plus. Schrei. Tu te souviens ? Notre pancarte " Prenez nous à deux ou rien ". Perverses. Complices. Mélancolie d'un souvenir consumé. C'était notre révolution, crie. Portes-paroles d'une génération paumée en manque d'avenir et de rêves, disributeur d'espoir et de joie. Vergessene Kinder. Sa voix. Elle s'éleve et je n'entends qu'elle. À genoux tel un enfant perdu, il me tend la main, je revis l'instant d'une seconde. Un regard, unique et sincère. A travers lui, June. Elle lui ressemble tellement. Un instant d'égarement, son visage m'apparait, souriant, le teint parfait, les cheveux longs et noirs, le regard charbonneux, la lueur dans les yeux. Un seconde de lucidité et mon souire s'envole. Leb' Die Sekunde. Ici et maintenant, ne laisse rien passer, profite et vis tes rêves. Tends la main, rattrappe-les, tiens-les fermement et ne les lache plus. Heilig. Tu seras toujours sacrée pour moi, je crois en toi. Ich sinke weg von Dir, je disparais. Le fond n'est plus très loin encore un petit effort, laisse-moi couler. Totgeliebt. Trois accords. Tes préférés. Je me perds dans tes souvenirs. Un amour racinien qui me tue. Nous nous sommes aimées à mort. Aujourd'hui, c'est fini. La fatalité s'empare de moi et je baisse la tête. Encore une fois ce mur, trop haut, trop loin, pas assez d'élan, j'me casse la gueule. In Die Nacht. Mon double, tu es tout ce que je suis, tu coules dans mes veines et fais que je respire. Je suffoque et me traine. Je ne veux plus être seule, pitié, June, revient. Ils sont si près et si loin. Un petit effort et je toucherais leur visage, mais je reste là et ravale mes larmes. Les refouler encore une fois, et je souris. Rette Mich. Je crois que je n'y arriverais pas sans toi. Sauve-moi ou tue-moi mais ne me laisse pas. Komm Zurück. M'entends-tu, me sens-tu, m'aimes-tu ? Ich Bin Da. Là, si loin. Ils partent et emportent ma joie, une explosion de paillettes, un monde parallèle. Une réalité déchirante. Aucun regard.
Je croyais avoir perdu June. Je croyais l'avoir perdu lorsqu'elle m'avait quitté. & pourtant, je venais de comprendre qu'elle était revenue à moi. Je venais de la retrouver. Même loin, je n'étais plus seule à vivre. Elle faisait partie intégrante de moi. Je fis un dernier sourire. Lorsqu'ils quittèrent définitivement la scène, après deux rappels, deux détours, & des coeurs remplis, je sentais que je ne pouvais pas partir ainsi. Trois mois d'attentes, pour une heure et demie de plaisir. Un spectacle jouissif à s'en tordre le coeur. Comment pouvais-je partir, après toutes ces larmes versées et ces sentiments éprouvés ? Je ne pouvais pas. Là, aux pieds de Tom, je distinguais la salle se vider. Je sais que d'ici quelques minutes, je devrais suivre le troupeau. Mais là, je caresse d'une main la scène, et sourit aux légères gouttes d'eau. Puis, mon visage se lève. Regard familier. À Bercy, le plus étonnant est que l'on voit les coulisses. D'une certaine place, & d'un certain angle, on distingue, à travers les morceaux de scène, l'entrée des artistes. Ils étaient là, ayant dû faire le tour. J'étais encore dans la salle, & eux dans les coulisses. Un rêve inachevé, une esquisse de plaisir. Oui, ils étaient là, le sourire aux lèvres. J'aurais pû me sentir rassurée. Privilégiée. Mais non. Une boule se forme dans mon ventre. Ils étaient là, & June était là. Dans un sourire, elle les serra dans ses bras. La haine ne parvient pas jusqu'à mes veines. Je n'éprouvais que de la jalousie, et pire, de la tristesse. Elle était partie pour çà ? Pour eux ?
Menteuse. Trahison & Abandon.
June tenait toujours ses promesses, autrefois.
#. Ich. Sinke. Ich. Sinke. #
_________________STANDORT VON JUNE
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Mon rire résonne à travers les couloirs. Le concert fut, comme les autres, à la hauteur de leur talent. Dans ces lieux, je peux enfin redevenir moi même. Souriante, & joyeuse. Je suis fatiguée de l`ancien monde, celui où je dois m`asseoir gracieusement sur une chaise semblable aux autres, tout en feignant de suivre le cours, qui lui, ne m`intéresse que sommairement. En attendant, ici, & maintenant, je peux regarder ces quatres anges rire, fiers de leur prestation. Nos pas sont complémentaires, et la porte en métal s`ouvre dans un bruit strident. Il est tard, mais à cette heure-ci, il n`y a plus personne. Du moins, d`habitude, il n`y a plus personne.
- JUNE !
Je me retourne, le visage figé. Je fais face à mon interlocutrice. Merde. Merde, merde, et merde. Poupée brisée. Les sourires affluent, les souvenirs m`enveloppent. Je refuse. Je ne peux plus admettre de revivre ce passé.
« Maman veut que tu dormes à la maison. Tu veux bien que je dorme avec toi ? J`ai peur de l`orage. J`ai peur d`être seule. June, tu seras toujours ma meilleure amie. On vivra à deux plus tard, & on aura le plus beau chien du monde. Tiens, regarde, les garçons sont beaux ici. Le lycée me fait peur. Oh, tu sais, je crois que Steven m`intéresse. Merde, June, t`es plus vierge ? Moi si. Faut que je trouve quelqu`un. Oh, regarde, ce fard à paupière me va parfaitement. Je n`ai plus de sous pour m`acheter leur dernier album. June ? T`es bizarre en ce moment. June ? Pourquoi tu ne m`aimes plus ? June, pourquoi ta mère me regarde méchamment ? Dis, June, pourquoi tu n`es pas revenue ? D`habitude, quand tu t`éloignais, tu revenais toujours. June, tu seras toujours ma jumelle »
Les pensées d'April se mêlent aux miennes, et j'ai l'impression que le sol s'effondre. Une valse m'entraîne ailleurs, et une douce musique se distingue de l'obscurité. Je pourrais presque tourner sur moi même, mais le fil de funanbule se rompt et mes espoirs s'effondrent. C'est elle. Elle.
- Merde ! Tu les connais depuis quand ? Putain, June ... C`est pour ça que tu m`as abandonnée ?
Abandonner ? Le mot m`assassine, me détruit. J`ai l`impression que mille aiguilles me traversent, tandis que je recule. Un pas, deux pas, et le torse de Tom. Il me regarde, inquiet, et je fais un mince sourire. Seul son jumeau m`a déjà vu détruite, et peut-être même Georg. Mais Gustav et Tom ne connaissent que la partie souriante de moi. Je dois me relever. Je feins le sourire, et m`avance. À trois pas se trouvent les Tokio Hotel, groupe populaire du moment. À trois autres pas se trouvent April, mon passé & ma vie. Je relève la tête, et bombe le torse, même si à travers la veste en cuir de mon chanteur, celle qu'il m'a donné, il y a quelques semaines, mon coeur menace de traverser ma poitrine, y laissant un trou béant. Mes poings serrés tremblent, et mes paupières s'allourdissent. Faites que l'instant disparaisse.
_______________Allein.
- Les garçons, voici April. April, voici les ...
- Tokio Hotel
Un murmure, & des larmes. April pleure. Depuis quand ne l`avais-je pas vu aussi humaine ? Je grimace, et me refuse à m'approcher d'elle. Je reste là, immobile, et sans vie. J'ai l'impression que mille aiguilles me transperçent le coeur, et je l'observe, les épaules sanglotantes. Ma fierté est dominante, et je ne bouge pas. J'attends qu'elle parte, qu'elle s'éloigne, qu'elle hurle, crie, ou réagisse. Mais elle reste obstinément statique, les larmes tombant tragiquement au sol. La scène me dégoûte.
- Euh ... June ? M'interrogea Bill
Je reste muette. À contre coeur, je m'approche d'April. Depuis quand avais-je oublié à quel point sa présence était appaisante ? Elle ne réagit pas, et elle m'attend. Je m'apprête à poser une main sur son épaule, mais mon geste se perd, et ma main tombe mollement dans le vide. Mon estomac n'est plus qu'une boule de peur, et le regard inquiet, je la voie qui relève la tête. Son regard se perd dans le mien, et je prend le temps de détailler son corps entier. Je ne la connaissais pas si pâle. Je ne la connaissais pas si maigre. Elle avait, si je me l'imaginais bien, perdu une dizaine de kilos. Elle n'avait presque pas changé, sinon ses joues creusées. Au coin de son oeil, j'observe une fine cicatrice blanche. Pourquoi ? Comment ? Six mois sans la voir, et elle me revient chifonnée. Poupée de chiffon. Le tissu est sali et la poupée abimée. Je l'avais déposé proprement sur une étagère, mais elle avait dû tomber. Les mains serrées, j'observe ses veines qui ressortent. Merde, que t'es-tu fais au poignet ? Je me revois, il y a quelques mois. Qu'ai-je fais ? Comment ai-je pu détruire la personne que j'aimais le plus au monde. J'ai un rejet, et je titube jusqu'au mur, devant lequel je vomis ma haine. J'entends Georg s'approcher, et tenir mes cheveux, une main dans mon dos. Pâle, les larmes aux yeux, je tente de vomir le visage larmoyant d'April. Je savais que je n'aurais jamais dû revenir.
Je me relevai enfin, le visage blanc, et le regard d'April sur moi. Dégage. Mon être entier lui hurle cet ordre, mais rien ne sort. Et pathétiquement, elle reste là, les bras à découvert, me fixant sans sentiment. Que pense-t-elle ? Que je suis une amie indigne ? Qu'elle s'est foutue en l'air pendant que j'apprenais à revivre ? Que je ne devrais pas être ici sans elle ? Que croit-elle, hein, sinon ce mutisme qui m'encercle et me tue ? Je jette un regard à Tom. Ce dernier est le seul à savoir. Il a compris qui elle était, il sait de qui il s'agit. Mais il sait aussi que l'on pourrait encore rester ici des heures. Infatiguables, le regard perdu, les souvenirs meurtriers. Il s'avance, mais se reprend.
- June ... Ècoute, si tu veux, on la ramène à l'hôtel pour une nuit. J'ai rien contre vous, mais on ne peut pas rester toute la nuit ici !
Je resserre les pans de la veste de Bill. Ce dernier me jette un regard, mêlant interrogation et inquiétude. Qui est-ce ? Ca va ? Je soupire, et m'apprète à ne rien répondre. Dénigrant totalement mon ancienne amie, je m'avance jusqu'au groupe, et Gustav passe son bras sur mes épaules. Mon mutisme veut tout dire. On s'en va.
- JUNE !
Elle hurle, secouée de douleur. Sa voix résonne, et emplit l'obscurité silencieuse. Les garçons se mordent les lèvres. Allez, June, partons. Notre notoriété ne nous autorise pas à rester. Ton équilibre non plus. Ils me revoient, à nos débuts. Faible, anéantie, déchirée. Ils ne veulent plus me revoir ainsi. Mais elle, elle hurle. Impudique, elle dégueule mon nom comme elle cracherait ses larmes. Je me stoppe. Faites la taire, pitié, faites la taire. Mais rien n'y fait, elle me rattrape, m'attrapant le bras, de façon aussi désolée qu'insolente. Tom soupire, de pitié, de tristesse, et d'impatience.
- On peut la loger une nuit ...
- NON ! On ne la logera ni cette nuit, ni jamais ! Je veux qu'elle disparaisse ... DISPARAIS APRIL ! Je t'en supplie, va t'en ...
Je me dégage de son emprise, le coeur endolori, et le dégoût au bord des lèvres. Je titube, après avoir penché mon coeur pour hurler, puis murmurer. Je la tue, à chacun de mes mots. Mais elle est trop blindée, trop protégée. Mes mots ne l'atteignent plus. Plus rien ne l'atteinds. Son regard est éteint, autant que son coeur. Je grimaçe, et l'observe. Elle a une nouvelle fois cessé de bouger. Puis, je la vois. Cette larme, qui descend le long de sa joue, pour s'arrêter sur la douceur de ses lèvres. Limpide, elle attend. Je ne me retournerais pas. Mes yeux lui accordent un dernier regard. Schuldi. Puis, je pivote, mes baskets claquent sur le bitume, et je lui tourne le dos. Un pas, deux pas. Un nouveau fossé. Demain, nous serons encore à Paris. Et après, je repars. Loin. Très loin.
- Il aurait fallu que je ne me retourne jamais ...
Sa voix me transperce, me brise, et me décompose. Tom soupire, sachant que çà continuerait. D'un geste, il me caresse le main, et ouvre la porte du van. Quelques minutes, et on y va, semble-t-il dire. Je les regarde monter dans le véhicule, et là, je me retourne. J'affronte une nouvelle fois son regard
- ... Je n'aurais pas eu à souffrir, ainsi. Je n'aurais pas eu à mourir de ce fossé que tu creusais chaque seconde un peu plus.
L'enfer est un nid douillet à l'air irrespirable. Je me tuais d'elle & elle se tue de moi. Je vois de la haine dans son regard, mais tout n'est qu'illusion, puisque l'amour la berce encore. Elle a l'espoir que je m'effondre, que je la serre, l'enlace, et l'embrasse. Mais je l'imite, immobile, et fière. J'ai quitté ce monde, et là, au bord du précipice, une voix me souffle d'avancer. Pourtant, je resiste aux bourrasques de vent, et m'accroche désespérement à un espoir, une nouvelle vie, de nouveaux sourires. April m'a toujours rendu heureuse, mais aujourd'hui, ils me rendent heureuses, eux. J'ai l'impression que ma souffrance n'est que le prix de ce passage. D'elle à eux, et d'eux à moi. Moi à elle, et cette interminable ronde qui nous entraîne parmi les rires d'enfants déjà éteints, lointains, et mornes. Tragiquement, sourire, et attendre. Elle a encore des traces de larmes sur les joues, mais seul son regard me parle. Reviens, June. Je te pardonne. Don't forgive me, my love. Une chanson qui ne s'arrête pas. La fin est proche, et les notes, sur la partition, s'échouent dans une mélodie de fausseté. Je voudrais disparaitre, ou la voir disparaitre, mais j'implore le ciel, en lequel je n'ai jamais cru. Par pitié, que l'une de nous disparaisse. J'entraperçois à nouveau les marques inscrustées sur la peau de ses poignets, et ma grimace s'étend. Suivant mon propre regard, elle sourit. Rictus.
- Tu te sens coupable ?
Sa voix n'est pas froide. Sa voix n'est rien. Un vide cruel, poussé par ma propre indifférence. Je voudrais la feindre, cette dernière. Tenter de lui montrer qu'elle n'est plus rien, et que j'ai rayé un trait sur son existence. Mais non, rien. Je me contente de l'observer, elle, et ses souffrances. Je me tais, mais mon âme entière hurle. Je caresse son existence chaque soir sous la lumière brisée d'une lampe sans vie. Je m'imagine chaque nuit nos retrouvailles, mais aucunes de mes prédictions ne nous amènent à ici. Je nous inventais dans les douceurs de draps, assises sur une plage, ou au détour d'une route. L'utopie me menait à venir devant chez elle, dans quelques années. « Ich Bin Da » . Mais là, c'est trop tôt, trop rapide, impersonnelle, impudique. Je me sens nue, indécente, et presque vulgaire. Groteste, j'oublie mes pas de danse, et la musique continue. Je suis là, gauche et maladroite, à n'attendre que son départ. Mais j'ai déjà trop gagné. Je suis toujours partie en la laissant effondrée, sur le sol, à moitié implorante pour que je reste. Mais pas une fois, je n'ai tourné, retourné, et pas une fois je ne suis revenue. Pourquoi reviendrais-je aujourd'hui alors ? J'hoche la tête. Victoire ? Défaite ? Peu m'importe. Je pivote, et m'approche de quelques pas du van. À travers les vitres teintées, noires, j'observe le reflet d'April. Une fois encore, son regard m'accompagne. Je l'observe, la redessine et imprime son visage dans mon esprit. Mon coeur lui hurle son amour. Ma tête avance mon corps. Funanbule, mon esprit vient de se casser la gueule. Mes genoux sont écorchés, mon coeur aussi. Au loin, je l'entend me supplier une dernière fois. Elle redit mon nom dans un murmure. Mais ma seule réponse consiste en une flopée de geste. J'ouvre la porte du van et m'enfonce dedans. Georg ferme la portière derrière moi, et Bill, se levant précipitement, me serre dans ses bras brusquement. Là, je m'effondre à nouveau, laissant mes larmes devenir les paroles de mon coeur. Je renifle, titube, et m'assoit sur la banquette. Le van démarre, et par la fenêtre, relevant la tête, j'observe April. Ses larmes sont abondantes, et petit à petit, sa silhouette se redessine dans une mesure plus petite. Elle rétrécit, et a repris ma vie. Et elle s'effondre. A genoux sur le sol, je la devine, me suppliant de descendre. Sur ses lèvres, je lis mon nom, inlassablement. Elle serre son ventre, et hurle à en déchirer les ténèbres. Je me sens mal, et Tom me fait tourner la tête. Il m'empêche de distinguer l'horrible vérité.
- Ca ira ma belle, me murmure Gustav, çà ira.
________When you speak with every breath you take, you save me.
Pourquoi la seule personne qui avait un tant soit peu d'importance est devenue mon bourreau ?
Pourquoi me tue-t-elle ? Et pourquoi la tues-je ? Je pleure à m'en faire vomir les tripes. Je dégueule son visage à m'en brûler la gorge. Dégage, April. Dégage de mon esprit. Je n'en peux plus. Lassée, et fatiguée, j'aimerais, à certains instants, ne l'avoir jamais connu. Et dans d'autres cas, je m'en veux. J'ai brisé notre amitié. Et en y réfléchissant, je n'en vois aucunes raisons.
Je l'ai tué, parce que je n'arrivais pas à me tuer.
Je suis horrible. Horrible, horrible, horrible, horrible ... & absurde.
- April ...
Ma main se pose sur la vitre, alors que je me laisse aller dans les bras de l'androgyne. Il me berce et me calme, et nous nous éloignons d'April. Une fois encore, une fois de trop. Je somnole, sous les regards inquiets de mes amis. Mon portable sonne, et Tom décroche. Il fouille ma poche, et tente dans un français maladroit de répondre. Méfiant, il me tend le téléphone, et je dégage mon corps de l'étreinte avec Bill. Portable aux oreilles, je réponds.
- Allo ?
- June ...
Je reconnais la voix de Matthew.
- Reviens, s'il te plait. Je t'en supplie, reviens
- Je ne peux pas, murmurais-je. Je refuse de la revoir. Ne me demande pas l'impossible, s'il te plait.
- Tu as poussé April au suicide. Trois mois de coma, çà ne te suffit pas, comme preuve ?
Le portable tombe de mes mains, et s'échoue sur le sol. Trois mois. Trois mois. Trois mois. La durée m'anéantit, et les garçons ne bougent plus. Je frôle les jeux du silence dans un mélodrame parfait. La vérité m'explose à la gueule, une fois encore. Cette fois, je ne pleure pas. Je reste là, main dans le vide, à fixer le noir de la banquette. Morte, suicidée, comateuse.
_____I scream into the night for you. Don't make it true.
______________Jump
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&AHHH ! Voilà la deuxième partie du chapitre. Bon, comme vous le voyez, nous avons retravaillé le prologue et nous sommes repartis dans le tragique. Evidemment, ce chapitre est la seconde partie de notre préférence, bien que nous n'avons pas la prétention d'affirmir qu'il soit génial. Les fautes persistent, mais tant pis.
En espérant qu'il vous plaira. Nous sommes 19ème dans le classement. Continuez de voter x3
Oh, & aussi, demain nous sommes le 15 décembre. Premier jour où nous nous verrons. June serrera April & on taguera sur l'Aeronef qu'elles s'aiment pour l'éternité. Sisi, j'vous jure. Bref, encore merci à tous de nous suivre, et de vos compliments, surtout pour certaines personnes qui je pense se reconnaitront.
Again ?
Edit Lenny : Voilà, nous nous sommes vues. Gare Lille Europe, 07h30. Bon, April a emmené ma petite amie avec, & oui. Parce qu'April est dans le même lycée que ma petite amie, oh yeah (H) Bref, la journée a été plus que géniale. & on a beaucoup parlé d'April & June, comme si elles existaient vraiment :) En tout cas, on prie pour se voir au nouvel an :) Voilà (L) !
En espérant qu'il vous plaira. Nous sommes 19ème dans le classement. Continuez de voter x3
Oh, & aussi, demain nous sommes le 15 décembre. Premier jour où nous nous verrons. June serrera April & on taguera sur l'Aeronef qu'elles s'aiment pour l'éternité. Sisi, j'vous jure. Bref, encore merci à tous de nous suivre, et de vos compliments, surtout pour certaines personnes qui je pense se reconnaitront.
Again ?
Edit Lenny : Voilà, nous nous sommes vues. Gare Lille Europe, 07h30. Bon, April a emmené ma petite amie avec, & oui. Parce qu'April est dans le même lycée que ma petite amie, oh yeah (H) Bref, la journée a été plus que géniale. & on a beaucoup parlé d'April & June, comme si elles existaient vraiment :) En tout cas, on prie pour se voir au nouvel an :) Voilà (L) !